Quelles trajectoires d’adaptation des élevages au changement climatique ?
Publié le 08/07/2026
L’étude de l’INRAE sur l’adaptation de l’élevage au changement climatique s’est poursuivie jeudi 2 et mercredi 8 juillet à Nasbinals par deux ateliers de terrain avec une vingtaine d’éleveurs et d’acteurs de l’écosystème agricole de l’Aubrac. Après le premier atelier de mars, deux trajectoires d’adaptation avaient été retenues par les participants : la relocalisation de l’élevage bovin et la diversification des productions agricoles. Entre-temps, l’équipe de l’INRAE a conduit plusieurs entretiens pour enrichir la liste des leviers à envisager pour mettre en œuvre ces trajectoires, et ces deux derniers ateliers ont amené les participants à analyser la faisabilité et les impacts de quelques-uns de ces leviers.
“Les pistes d’adaptation de nos élevages sont envisagées dans tous les domaines” raconte un participant avant d’énumérer “date de mise à l’herbe des bovins, utilisation de méteil ou d’espèce résistantes, plantation de haies et d’arbres, abreuvement, stockage de l’eau, économies en eau, préservation des zones humides… Age au premier vêlage, engraissement à l’herbe, production de très jeunes bovins, ou de bovins de 24 mois, engraissement des femelles, adaptation de la race pour un meilleur engraissement, plus de rusticité, de précocité et une meilleure résistance à la chaleur… Relocalisation, meilleur investissement du marché parisien et des métropoles régionales, restauration collective,... Il n’y avait aucun tabou, tout a été mis sur la table et après, nous avons voté avec des petites gommettes, et réfléchi aux leviers qui nous semblaient les plus importants”.
“Nous devons maintenant considérer l’herbe comme une culture, mieux comprendre comment fonctionnent les prairies pour les préserver et bien les valoriser” réagit Arnaud Imbert, éleveur à Argences en Aubrac. “Et pâturer les bois, cela peut-être une solution complémentaire” souligne Nadège Mouliade. “Nous aurions besoin de travailler avec l’ONF sur ce sujet, cela peut permettre aussi de protéger les bois contre les incendies”. “Nos bâtiments d’élevage sont à repenser aussi, ils sont faits pour les hivers rigoureux, pas pour ces chaleurs” poursuit-elle “pourquoi ne pas expérimenter des équipements plus légers pour faire pâturer nos vaches là où c’est possible toute l’année, été comme hiver ?” “Il y aurait des solutions de regroupement de fermes à étudier, pour partager l’investissement dans le matériel, mais aussi la ressource en eau, le travail…” avance un autre participant “La plaine du Pô, elle aussi souffre de la sécheresse, des ateliers d’engraissement ferment, sans compter le risque sanitaire… Même si les prix sont bons en ce moment, nous devrions quand même réfléchir à d’autres débouchés” ajoute Roland Carrié, éleveur retraité.
“Nous avons travaillé sur quelques-uns de ces leviers, mais ce n’est vraiment qu’un premier pas, ça pose beaucoup de questions et il faut y travailler beaucoup plus” conclut Didier Cassagnes, éleveur à Saint Amans des Côts. “Les chaleurs de mai et juin nous impactent beaucoup sur l’Aubrac, parce que contrairement aux élevages qui sont plus au sud, nous n’étions vraiment pas habitués à de tels écarts de température. Sur l’Aubrac, il faut le reconnaître, nous n’avions jamais été vraiment inquiétés par la ressource en eau. Maintenant, le niveau très bas de certaines rivières, alors que nous ne sommes qu’en juin, c’est réellement inquiétant” avoue Patrick Mouliade. “On doit trouver des solutions, il y a des trucs à faire, à tenter” ajoute Nadège Mouliade, éleveuse et ancienne élue du Parc naturel régional de l’Aubrac. “Les éleveurs, sur le terrain, ont pleinement conscience de ces enjeux et trouveront des solutions pour s’adapter. Maintenant, il y a quand même des réglementations qui nous limitent. Il y a des évolutions à envisager pour accompagner ces adaptations” insiste-t-elle avant de poursuivre. “Ces temps de réflexion commune que nous offre le Parc sont tellement importants. Il nous rassemble, il nous implique dans l’anticipation, il nous donne la parole… et ce travail est en plus enrichi de l’expertise de l’INRAE, c’est une vraie chance” juge-t-elle. “Maintenant, il va nous falloir concevoir des actions concrètes, des tests, des expérimentations à conduire et aller chercher les financements pour les mettre en oeuvre” termine-t-elle.
Les productions de ces ateliers seront utilisées par l’INRAE pour simuler des scénarios d’adaptation des élevages à travers deux modèles. Le modèle Orfée qui simule le fonctionnement d’une ferme en fonction de données variables. Et le modèle Adap’ter qui, en s’appuyant sur le premier, simule l’adaptation d’un territoire d’élevage au changement climatique. Les résultats de ce projet de recherche seront finalisés et diffusés en 2027.