Prairies

18 septembre 2026

Un ambitieux observatoire des prairies se met en place

Aubrac - A Méravilles
Aubrac - A Méravilles

C’est un projet de recherche global sur le fonctionnement des prairies, milieu naturel précieux pour plusieurs raisons de premier ordre : réserve de biodiversité, production d’herbe pour l’élevage et levier d’adaptation au changement climatique. Mercredi 16 septembre, un temps d’échange sur le terrain a été organisé entre éleveurs et partenaires à Saint Urcize.

“La prairie est le milieu naturel le plus diversifié” explique le botaniste François Prud’homme. “Quand on fait des inventaires, on compte jusqu’à 100 espèces de plantes différentes, pour certaines rares ou patrimoniales. Mais leur intérêt réside aussi dans leur capacité à résister à des situations climatiques intenses : dans une prairie diversifiée, on observe toujours que certaines espèces résistent ou se régénèrent malgré tout. Ces qualités justifient complètement les moyens que nous avons réussi à rassembler pour cette importante étude.”

L’INRAE de Clermont-Ferrand et les Conservatoires botaniques nationaux portent ce projet de recherche qui va permettre d’analyser, pendant au moins 10 ans, 150 parcelles dans le Massif central, du Morvan au Haut-Languedoc, dont 15 en Aubrac. Les objectifs : comprendre comment elles fonctionnent, comment elles sont impactées par les évolutions du climat, comment elles résistent et quelles sont les meilleures pratiques que les agriculteurs peuvent mettre en œuvre pour préserver leur production pour le pâturage et la récolte de foin. Dans les différents territoires du Massif central, ce projet de recherche s’appuie sur des partenaires locaux. En Aubrac, le Parc naturel régional a rassemblé un groupe d’éleveurs pour connecter ce projet de recherche scientifique aux connaissances pratiques et aux observations des éleveurs. “Il y a certes un travail de recherche pour quantifier et objectiver les changements” précise le botaniste François Prud’homme, “mais nous tenons aussi à faire émerger des regards croisés, de la transversalité, de l’émulation territoriale entre les données scientifiques et les savoirs paysans.”

“Nous faisons l’hypothèse que la biodiversité des prairies, leur flore, leurs insectes, mais aussi la vie de leurs sols, des vers de terre, champignons, microbes,… sont des leviers pour une production durable d’herbe en quantité et en qualité ” explique Julien Pottier, chercheur à l’INRAE. Pour chaque parcelle, toute une batterie de suivis est prévu : botanique, insectes, sol (réserve en eau, stocks de carbone, profils racinaires, teneurs en nutriments, diversité microbienne, génomique,…), pratiques des éleveurs (nombres d’animaux et dates de pâturage, fertilisation, dates et fréquence de fauche…), images satellites (estimation de la productivité des prairies et de leur sensibilité aux aléas climatiques), et données météo, bientôt complétées par la pose d’un réseau de stations connectées. Des visites de terrain compléteront ce panel de données pour les croiser avec les observations et les connaissances des éleveurs. “Peu d’études croisent les savoirs agricoles et écologiques, et c’est une ambition forte de ce programme” insiste François Prud’homme. Ainsi, plusieurs questions formulées par les éleveurs pourront être étudiées plus particulièrement. Sur l’Aubrac, un focus particulier sera fait sur le fonctionnement des prairies à narcisses, et probablement aussi sur la qualité des fumiers épandus. Enfin, un focus sur les prairies anciennes sera fait, prairies qui n’ont pas connu de retournement de mémoire humaine. 15 parcelles de prairies anciennes ont été sélectionnées, dont 5 en Aubrac.

Prairie en Aubrac - B. Calendini

“Ici, par exemple, on n’a jamais labouré cette parcelle” présente l’un des éleveurs engagés dans ce programme. “On est à 1200 mètres d’altitude, on y met un couple vache-veau par hectare, du lisier ou du fumier tous les 2 ans. Une partie de la parcelle est récoltée, et c’est ici que l’on y fait notre meilleur foin. Et nos vaches pâturent depuis le 28 avril, elles ont toujours de quoi manger aujourd’hui” finit-il. “Nous, quand on a monté nos vaches en estive fin mai cette année, nos parcelles à côté de Laguiole n’ont plus poussé. Évidemment, quand il fait 40°C, plus rien ne pousse” alerte Robert Dardé. “Ce changement climatique nous inquiète vraiment. Ce projet me plaît. Savoir ce qu’il y a dans mes estives, mieux comprendre ce qui en fait de très bonnes prairies et comment on doit faire pour continuer à récolter du foin de bonne qualité. Quand sortir nos vaches au pâturage ? Quand récolter, pas trop tôt pour laisser les plantes monter en graine et réensemencer la prairie, mais pas trop tard non plus…” poursuit-il en partageant ses interrogations. “On attend beaucoup de ce travail de recherche pour mieux piloter nos différentes parcelles face à ces situations climatiques que nous n’avons jamais connues aussi dures” le rejoint Thierry Champagne, éleveur à Prinsuéjols.

Toutes les données récoltées seront mises à disposition des éleveurs et des partenaires du projet tous les ans. Des premières interprétations pourront intervenir probablement d’ici 3 ans et une publication scientifique est prévue à l’horizon 2029.

L’Observatoire des prairies et ses différents volets de recherche est financé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la DRAAF, le FNADT, l’OFB, le PEPR Sols Vivants. Il est porté par INRAE Clermont-Auvergne et les Conservatoires botaniques nationaux du Massif central, Pyrénées-Midi-Pyrénées, Méditerranée et Bourgogne-Franche-Comté. La participation du Parc naturel régional de l’Aubrac dans ce projet est soutenue par le Fonds vert de l’État et l’Agence de l’Eau Adour-Garonne.