En cette année internationale du pastoralisme, c’est bien évidemment vers les estives que le Parc naturel régional de l’Aubrac a pointé son projecteur pour mettre en lumière ces prairies exceptionnelles. Mi-juin, le jury du concours a parcouru les 6 parcelles candidates pour analyser leur qualité en termes à la fois de biodiversité et de valeur nutritionnelle pour les vaches.
“Nous avons présenté la plus haute parcelle de notre ferme. On y met les vaches qui ont eu des femelles dans l’année, celles qui ont vocation à être gardées” explique Pierre Rey, éleveur à Saint Laurent de Muret. “L’herbe y est riche, les animaux ont une bonne croissance sans que nous ayons eu besoin de leur donner du complément” poursuit-il.
“Globalement, toutes les prairies visitées bénéficiaient d’une très bonne gestion pastorale, avec d’excellentes valeurs agronomiques pour l’alimentation des bovins et une diversité floristique remarquable” rend compte Chloé Sillon, chargée de mission agro-environnement au Parc. “Nous avons dénombré plus de cinquante espèces différentes !” Certaines, comme la gentiane jaune, le narcisse des poètes ou l’arnica sont indicatrices du bon état des milieux et donc de leur bonne gestion pastorale. Nous avons aussi identifié la droséra et la grassette, des espèces typiques des tourbières, rares et protégées, qui certifient cette bonne gestion.” “J’ai quelques bases en botanique mais j’ai été surpris par cette diversité florale, j’étais loin de les connaître toutes !” termine l’éleveur. “C’était très intéressant” raconte à son tour Régis Catays, éleveur à Soulages-Bonneval. “Sur notre estive, on ne craint pas trop le temps sec car un ruisseau en fait le tour. Et la vergne, ça garde l’eau. L’herbe y pousse tardivement mais en bonne quantité.”
Ce concours des prairies d’estive est organisé par le Parc naturel régional de l’Aubrac et l’Association Fleur d’Aubrac. Le jury était composé d’experts en botanique, faune et agronomie, présidé par Fleur d’Aubrac. Tous les éleveurs engagés travaillaient sous signe de qualité Fleur d’Aubrac ou Bœuf fermier Aubrac, ou en circuit de distribution ultra-court. La remise des prix aura lieu à l’automne, puis le lauréat participera au concours national lors du Salon de l’agriculture en février 2027 à Paris.
Chloé Sillon, chargée de mission agro-environnement au Parc naturel régional de l’Aubrac : “Les prairies naturelles, celles qui sont toujours en herbe et jamais labourées, sont par nature plus résilientes pour plusieurs raisons. De par leur altitude, leur emplacement en fonds de vallée, ou le contexte pédoclimatique, elles sont moins exposées aux températures extrêmes. La fauche tardive et le pâturage extensif permettent le maintien d’une végétation assez haute qui assure, à la fois, une température au sol bien plus faible, mais aussi le développement des graines et l’ensemencement de la prairie. Enfin, la très grande diversité floristique dans ces prairies garantit qu’il y aura toujours des espèces qui résisteront à différents aléas : sécheresses, gel tardif,… Cette année, la végétation est très en avance et les prairies de l’Aubrac n’ont pas vu beaucoup de pluie depuis avril… Le niveau des cours d’eau est déjà alarmant et certaines zones humides paraissent sèches en surface. Dans les estives, en ces derniers jours du mois de juin, le vert commence à jaunir…”