Agriculture

17 novembre 2023

Une expérimentation innovante contre le campagnol sur l’Aubrac

Lutte contre la pullulation du campagnol terrestre - Une expérimentation innovante à la CUMA de Saint Geneviève/Cantoin - PNR Aubrac
Lutte contre la pullulation du campagnol terrestre - Une expérimentation innovante à la CUMA de Saint Geneviève/Cantoin - PNR Aubrac

Ils sont peu nombreux, en France, à faire ce métier. Laurent Felgines est piégeur de campagnols et de taupes à plein temps. Depuis un an, il est salarié de la CUMA de Sainte Geneviève/Cantoin sur l’Aubrac et passe ses journées à traquer ces rongeurs mangeurs de racines d’herbes qui posent tant de problèmes aux éleveurs.

“Ça fait longtemps que nous réfléchissons pour essayer de trouver des solutions à ces pullulations” raconte Guillaume Raynal, vice-président de la CUMA. “Dans le temps, c’était les papis qui passaient leur temps à surveiller et à piéger. Maintenant, nous, on n’a plus le temps ! Quand une colonie s’installe sur une parcelle, en quelques semaines elle peut nous faire perdre 50 % voire 80 % de l’herbe destinée aux vaches.

Et même quand ils sont moins nombreux, les taupinières formées apportent de la terre dans nos récoltes de fourrages, ce qui n’est pas bon du tout pour la rumination. Quand Laurent nous a dit que ça lui dirait bien d’être piégeur, alors on a voulu essayer !” Laurent Felgines intervient sur les parcelles de 19 agriculteurs-adhérents de la CUMA (14 au lancement du projet). L’un d’eux, Laurent Lemmet, coordonne son emploi du temps en fonction des besoins de chacun, des distances à parcourir, de la météo,…

“C’est une méthode de piégeage collectif et coordonné” explique Ugolin Bourbon-Denis, chargé de mission Agroenvironnement au Parc naturel régional de l’Aubrac. “Les presque 2000 hectares de parcelles couvertes forment 5 zones contigües pour limiter la création de zones de refuge pour le campagnol. C’est une méthode qui a fonctionné notamment dans les aires de captage des eaux de Volvic. Au bout de 3 à 5 ans de piégeage, ce secteur a réussi à maintenir les populations de campagnols à basse densité et à moindre coût pour les agriculteurs. Nous tentons de reproduire ces résultats ici et nous évaluerons la soutenabilité économique et son efficacité dans la durée d’une telle solution de lutte”.

Lutte contre la pullulation du campagnol terrestre - Une expérimentation innovante à la CUMA de Saint Geneviève/Cantoin - PNR Aubrac
Lutte contre la pullulation du campagnol terrestre - Une expérimentation innovante à la CUMA de Saint Geneviève/Cantoin - PNR Aubrac

L’expérimentation a commencé en septembre 2022. Le Parc apporte son accompagnement technique et a mobilisé des fonds du « Dispositif biodiversité » de la Région Occitanie pour le soutenir. 40 000 € sont allés à la CUMA pour l’embauche du piégeur, l’achat de son véhicule, des pièges et autres frais de fonctionnement. Et 25 000 € au Parc pour l’accompagnement technique, le travail de surveillance, ainsi que pour l’organisation de 2 formations pour le piégeur et les agriculteurs bénéficiaires du service, l’une sur place et l’autre à Volvic. Le prérequis pour ces subventions : pas d’utilisation du raticide ratron, et utilisation possible du PH3 pour lutter contre les taupes avec l’objectif de s’en passer. “Cette condition demandée par l’objet de la subvention ne nous a posé aucun problème, de toutes manières, on ne se servait déjà pas beaucoup de ces produits” commente Guillaume Raynal.

Pour les deux années à venir, la subvention publique passe à environ 10 000 € par an pour la CUMA. L’objectif étant que le FMSE (Fonds de mutualisation sanitaire et environnemental) prenne le relais par la suite.

“Ça fait 30 ans que les pullulations de campagnol détruisent nos prairies, nos ressources en herbe mais aussi nos ressources en eau. C’est un problème agricole et un problème de santé publique” tient à préciser Jean Valadier, à la fois président de la Communauté de communes Aubrac Carladez Viadène et membre du Bureau du Parc de l’Aubrac. “Les missions d’un Parc portent, entre autres, sur la préservation de nos ressources, mais aussi sur l’expérimentation, l’innovation. Nous avions la responsabilité d’apporter notre ingénierie technique à ce projet et nos compétences pour la recherche de financement”.

L’heure était au bilan, ce vendredi 17 novembre, après plus d’un an d’expérimentation. A en voir les sourires des éleveurs bénéficiaires du service, la satisfaction était palpable. “Quand on a fané cet été, que c’était agréable de récolter un foin propre !” racontait l’un d’entre eux. 2 485 campagnols et 260 taupes ont été piégés entre septembre et décembre 2022, jusqu’à 130 individus par hectares. Puis la tendance s’est inversée. En 2023, la pullulation s’est brutalement terminée, sûrement accentuée par les conditions météorologiques. Le piégeur s’est concentré sur les taupes, dont les galeries plus longues et plus solides sont utilisées par les campagnols et favorisent leur installation. Aujourd’hui, malgré la faible densité de campagnols présents, la surveillance collective a identifié des zones de nouveau actives sur lesquelles le piégeur va pouvoir se concentrer. “C’est maintenant qu’il faut intervenir pour lutter efficacement car une fois que les populations commencent à augmenter, ni le piégeage, ni les pesticides ne peuvent lutter réellement et la pullulation devient inévitable” explique Ugolin Bourbon-Denis.

“Aujourd’hui, le Parc de l’Aubrac souhaite susciter l’émergence d’un second groupe d’agriculteurs partants pour reproduire chez eux cette expérimentation” annonce Jean Valadier. “Le Parc a déposé une candidature au Fonds vert de l’Etat pour cela. Nous espérons avoir une validation positive en janvier 2024 et à ce moment-là, nous souhaiterions lancer un appel à manifestation d’intérêt qui sera ouvert à tous. Il faudra bien sûr répondre à plusieurs conditions techniques, rassembler 10 à 20 exploitations, avoir des parcelles contiguës et dans le périmètre du Parc, avoir la capacité d’embaucher un salarié,… mais tout groupe d’agriculteurs pourra y réfléchir.”